• Les ruminants

    Publications numériques et/ou papier de nouvelles, poésies, peintures...

    sous licence libre.

    Revue de littérature Gaueko et prochainement revue de critique sociale : Behigorri.

    Les ruminant-e-s tendent à "retrouver bien plus que ce qui s'est perdu" (à propos de l'art dans Le territoire de l'homme de Elias Canetti).

     

     

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    « Nous avons, depuis longtemps, perdu la faculté de ruminer… » (Nietzsche)

    Toute création est histoire de rumination, de digestion. Toute création est lente et pesante.

    La rumination, ce sont les mâchoires physiques et morales qui permettent de  tordre, déchiqueter et broyer ce que le corps perçoit, reçoit et ressent du lieu et des êtres qui l'accompagnent. Les aliments peuvent être la chair tendre d'un fruit ou la carne caustique d'un souvenir. Pour l'absorption pleine et parfaite des qualités nutritives de chaque rencontre et en apprécier unions et désunions, la lenteur et la patience sont de mise. La plus infime sensation se mêle furtivement au corps  ruminant. Durant cette première phase, longue et lente, la forme ruminante s'oublie. Son esprit, malmené par les dents et la langue, s’emplit et se vide régulièrement. Il nage maladroitement entre failles, crêtes et versants. Dans sa nage il rêve, réfléchit ou s'endort. Quelle que soit l'activité - rêverie, réflexion ou sommeil - elle doit imprégner chaque fibre du corps jusqu'à l'ouvrir au monde et aux autres existants.

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     "Qu'on ne se récrie pas. La férocité est beaucoup plus rare que le dévouement."

    (Georges Darien, Le voleur)

     

    La mode est au prédateur depuis longtemps, bien trop longtemps. Le succès du fauve provient du mythe qui associe intelligence et prédation. L'homme civilisé se fantasme jaguar, loup, panthère, et se drape de leurs fourrures sous un climat tempéré. Et pourtant, le fauve ne peut être comparé à l'homme vénal, opportuniste, lâche, et repu qui domine aujourd'hui le monde. Aucune comparaison n'est possible. Mais que voulez-vous, « ...l'énergie, même dans les mauvaises passions, excite toujours en nous un étonnement et une espèce d'admiration involontaire. » (Mérimée). Ainsi, l'agitation des nerveux, des avides, des narcissiques est-elle toujours sollicitée par une masse hallucinée et soumise. C'est de la lenteur, de l'insoumission, de la rêverie des ruminants qu'un nouveau langage sourd. L'humain qui rumine peut-être d'une férocité implacable, sa pensée heurte les catégorisations et la morale commune, les us et coutumes d'une masse meurtrière. Il ne se drape ni de dépouilles ni de beaux sentiments. Et puisque le prédateur civilisé fait de nous des proies, retrouvons l'intelligence et la sensibilité des troupeaux sauvages.

     

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